Prolongement à notre réflexion
sur la vidéo primée "l’Ananas".
Textes libres pour prolonger notre plaisir et
notre réflexion après la réalisation du court
métrage L’Ananas.
« Eloge de la sieste », préface par Jacques
Chirac. Ou comment notre personnage principal ne fait pas
la sieste pour rien.
Récit de la bataille de Marathon par Phillipidès,
héros grec. Ou comment notre personnage principal devient
un marathonien.
« L’argent » par Karl
Marx. Ou comment il est question de monnaie tout le long
de notre court métrage.
Texte de Jacques Chirac : préface
à Eloge de la sieste.
« C'est avec un peu d'étonnement
que j'accueillais la proposition de Bruno Comby d'écrire
une préface à son "Éloge de la sieste",
un peu d'amusement aussi, car je gardais en mémoire les
recettes de Monsieur Comby pour mieux vivre : en particulier,
ses préparations culinaires à base d'insectes, paraît-il
délicieuses, à la tentation desquelles j'avoue,
à ma grande honte, n'avoir pas encore cédé...
Mais, à bien y réfléchir,
partant de mon expérience de la sieste, de tout ce qu'elle
m'apporte et de tout ce qu'elle m'autorise dans mon emploi du
temps, cette idée d'un ouvrage qui serait, à la
fois, un encouragement à pratiquer la sieste et un mode
d'emploi m'a finalement conquis. A condition, toutefois, d'être
bien comprise.
Et ce n'est pas facile chez nous où le
fait d'évoquer le repos suscite souvent la plaisanterie.
Il n'est qu'à se rappeler combien notre humour populaire
aime à railler la sieste et ceux qui la pratiquent. On
continuera, longtemps sans doute, à sourire de la prétendue
paresse des latins qui observent, depuis la plus haute antiquité,
cette pause des débuts d'après-midi où la
chaleur rend toute activité pénible. Pourtant, comme
il est maladroit de confondre sommeil et paresse!
Le repos est une affaire sérieuse, dont
la qualité conditionne notre existence. De nombreuses religions
ont sacralisé le sommeil dont Charles Péguy écrivait
qu'il est "l'ami de Dieu [et] de l'homme". Les anciens
savaient que la clé des songes est aussi celle de l'équilibre
et du bonheur, et recommandaient la pratique de la sieste.
Il est de fait qu'elle facilite grandement la
vie de ceux qui la pratiquent régulièrement, soit
qu'elle les repose, tout simplement, soit encore, je peux en témoigner,
qu'elle leur octroie, pour travailler, les extraordinaires créneaux
d'efficacité intellectuelle de la nuit.
Parmi nos illustres contemporains, André
Gide, qui en était le fervent adepte, avouait lui consacrer
deux heures quotidiennes, parfois plus, et en tirait une grande
satisfaction.
Il y a des raisons biologiques à cela,
et Bruno Comby s'emploie à les analyser avec toute sa rigueur
scientifique, en bousculant au passage, comme il en a l'habitude,
quelques idées reçues.
Non, la sieste n'hypothèque pas le sommeil
nocturne. Au contraire, l'auteur conseille de fractionner le sommeil,
pour obéir aux rythmes naturels de l'organisme qui pourra
ensuite se contenter de nuits écourtées.
Oui, la sieste est une recette d'équilibre
à la portée de tous, quand on sait qu'un seul quart
d'heure de bon repos suffit pour réparer les plus grandes
fatigues.
Plus qu'un éloge, le livre de Bruno Comby
sera le précieux partenaire de tous les hommes et de toutes
les femmes pressés qui pensent qu'une journée de
vingt-quatre heures est trop courte, et pour les autres, un guide
vers de nouveaux horizons d'équilibre et de détente
véritable.
Jacques CHIRAC
Président de la République Française.
La bataille de Marathon (490 av/jc)
Contée par Philippidès, le coureur
mythique.
Telle que l’histoire et la légende nous l’ont
transcrite.
Ceci est un essai, une histoire mettant en scène
un homme qui n’a peut-être jamais existé. Mais
les références historiques et le déroulement
de cette bataille sont encyclopédiques.
Il y a 2490 ans de nous :
Ce 13 septembre, je me trouve ici, sur le mont
Agriliki avec huit milles des miens et mille combattants Planéens,
nous tentons de dévisager nos vis a vis.
Ils ont débarqué de leurs navires sur la plaine
de Marathon.
Des archers et des cavaliers réputés invincibles.
Ils disent vouloir se venger de l’aide que nous avions apportée
à la ville de Milet qui luttait contre eux, mais nous connaissons
leurs motivations réelles.
Ils aiment détruire.
Ce sont des ignorants que le despotisme et l’esprit
expansionniste animent.
Je tuerai puis mourrai tout comme mes voisins le feraient si cela
permet à notre peuple de continuer à vivre libre.
Ils sont vingt mille où cent mille Perses et Mèdes
coalisés, commandés par Darius 1er .
Ceux-là qui vont devoir périr sous nos piques et
par notre acharnement.
Les deux armées se scrutent depuis 8 jours dans un silence
qui ne durera pas.
Un silence d’avant la mort.
Je suis déjà fatigué alors
que la bataille se prépare.
Le général Miltiade dont on dit que le sang d’Achille
coule dans les veines m’a envoyé il y a quelques
jours à Spartes.
Ma mission était de quérir l’aide de ce puissant
état guerrier pour repousser l’ennemi .
On m’a choisi comme messager car je suis
un coureur.
Nul autres parmi les Athéniens ne possède
mon endurance.
Je suis arrivé plus tard de trente et six heures et plus
loin de deux cent cinquante kilomètres à mon but.
Mon cœur solide et mon âme volontaire sont les trésors
que les dieux m’ont légués.
Durant ce voyage, j’ai vécu un événement
extraordinaire, entendez le, si vous pouvez le croire.
Mes pieds nus endurcis par mille et mille foulés
embrassaient ce jour-là la région d’Arcadie.
Je portais parfois une tunique légère, il faisait
chaud et rien ne devait entraver ma progression.
En traversant le mont Parthénion, une voix issue du néant
m’a interpellé.
« Philippides » entendis-je « Les Athéniens
sont bien ingrats. Alors que je vous ai déjà si
souvent secourus, vous semblez m’oublier et mon culte s’efface
de votre mémoire. Retiens ces paroles et transmets- les
à ton retour. »
Le dieu Pan m’avait parlé en ces termes.
Dubitatif, je poursuivis ma route et suis parvenu à Sparte
ou le conseil de la cité m'a reçu.
Ils refusèrent de nous aider car selon des préceptes
religieux, on ne marche pas en arme avant que la lune montante
n’ait atteint sa plénitude et comme l’ennemi
avait débarqué le sixième jour de la lune,
c’était bien le cas actuellement.
Ainsi, voici la manière dont Pan s’est vengé
!
« Pourtant sache oh Pan que les Athéniens, mes frères,
ont promis de te bâtir un sanctuaire et de t’offrir
des sacrifices et des processions si tes voeux engendraient un
combat salutaire pour nous ».
Je suis revenu, toujours en courant dans ces
contrées montagneuses pour rapporter à notre stratège
Miltiade le refus des Spartiates de nous venir en aide immédiatement
et en ayant délivré le message de Pan.
J’ai ensuite endossé mon armure, coiffé mon
casque et me suis armé.
Supportant comme mes compagnons de lutte les trente-cinq kilos
de l’équipement réglementaire.
Peu de temps ont passé et cet après-midi
nous attaquons par surprise.
Je me trouve non loin de Miltiade.
Je vois un détachement peu nombreux chargé comme
une flèche les avant-postes adverses alors que ceux-ci
ne sont pas prêts, il se bat et atteint le centre du dispositif
Perse, l’élite de leurs forces, mais finit par reculer
non sans avoir fait des dégâts à l’ennemi
et en emmenant dans son repli maints Perses désireux d’étriller
les acteurs d'un assaut qui devait leur sembler bien suicidaire.
D’un mouvement tournant nos deux ailes principales, jusqu’alors
cachées à l’ennemi ,attaquent le centre Persan
maintenant accessible et nos hoplites dont je fais parti avancent.
Épaule contre épaule, le fils protégeant
le père grâce à son bouclier, l’ami
défendant l’ami avec sa lance, nous voici, comme
un bloc que la mer voudrait disloquer.
Organisés et solidaires, nous résistons aux élans
de ces fauves asiatiques en mal de mort qui pour l’instant
offrent leur propre sang à la terre de Marathon et n’entament
pas notre hégémonie.
Je vois certains des nôtres qui ne parviennent pas à
dégager leur lance de l’homme qu’ils viennent
d’embrocher et qui finira taillé en pièces
au cœur de la phallange.
Des amas mortels se forment le long de notre colonne hérissée
et dessinent le tracé de notre cheminement.
Plus nous avançons, plus nous sommes forts.
Grâce à Pan, la panique les submerge. Peut-être
grâce à Hercule aussi ?
Les Perses fuient et tentent de rallier leurs six cents navires.
Nous chargeons alors et le combat devient aquatique, nous tentons
vainement d’enflammer leur flotte.
Beaucoup ont pu fuir, mais nous sommes victorieux.
Je vois Miltiade qui me dit :
« Philippides ! Cours à Athènes et annonce
notre victoire aux citoyens de la cité ».
Un tel honneur m’étreint le cœur et l’âme.
Je m’élance et cours comme jamais.
Je ne boirai pas pendant cette course.
Je nierai ma douleur et mon épuisement.
Ce n’est pas le moment de ralentir en aucune raison.
J’ai échoué à Spartes, voici ma rédemption.
Aujourd’hui je vais rendre heureux ceux de ma cité.
Je serais le héros qui annonça la merveilleuse nouvelle.
Mon équipement et mon armure oppressent ma respiration
et emmagasinent la chaleur.
Je ne m’en séparerais pas car cela me freinerait.
Je n’ai rien mangé depuis longtemps maintenant.
Fi de cela, l’important c’est que les kilomètres
défilent.
Je ne sens même plus le goût du sel sur mes lèvres.
On dit que le combat rend fou.
Qu’importe, j’entends encore l’agonie des Perses
et cette pensée me galvanise.
Vite qu’arrivent d’autres pensées qui me soutiendront
dans mon entreprise.
Me voici aux portes d’Athènes, un voile rouge a voilé
ma vision teintant de sang la pénombre de la nuit.
Mon cœur semble animé d’une vie incohérente.
Depuis combien de temps suis-je parti ?
Trois heures peut être.
Voici mes frères Athéniens, je m’écroule
à leurs pieds.
Je les vois suspendus à mes lèvres.
Sont-ils inquiets,
Pleins d’espoir?
Je suis heureux.
Et je murmure : « VICTOIRE »
Ainsi mourut Philippidès.
6400 Perses furent tués à Marathon contre 192 grecs.
Les combattants grecs furent enterrés sous un tumulus que
l’on peut voir aujourd’hui encore.
Les Athéniens construisirent un sanctuaire en remerciement
de leur triomphe à leur Dieu Pan et lui offrirent des processions
et des sacrifices.
On sait quel legs nous offrit Philippides. Sa course légendaire
est parvenue jusqu'à nous et l’héritage de
l’effort d’endurance perdure et est apprécié
dans le monde entier.
Si Philippides est l'inspirateur du Marathon moderne, on sait
moins qu'il l'est également du Spartathlon. Le Spartathlon
est une course de grand fond de 250 km reliant Athènes
à Sparte commémorant l'épopée de ce
fabuleux coureur grec.
Extrait des Manuscrits de 1844,
de Karl Marx :
« L’argent, qui possède
la qualité de pouvoir tout acheter et de s’approprier
tous les objets, est par conséquent l’objet dont
la possession est la plus éminente de toutes. L’universalité
de sa qualité est la toute-puissance de son être
; il est donc considéré comme l’être
tout-puissant.
L’argent est l’entremetteur entre le besoin et l’objet,
entre la vie et le moyen de vivre de l’homme. Mais ce qui
me sert de médiateur pour ma propre vie me sert également
de médiateur pour l’existence d’autrui. Mon
prochain, c’est l’argent…
Shakespeare dans Timon d’Athènes :
De l’or ! De l’or jaune, étincelant, précieux
! Non, dieux du ciel, je ne suis pas un soupirant frivole…
Ce peu d’or suffirait à rendre blanc le noir, beau
le laid, juste l’injustice, noble l’infâme,
jeune le vieux, vaillant le lâche… Cet or écartera
de vos autels vos prêtres et vos serviteurs ; il arrachera
l’oreiller de dessous la tête des mourants ; cet esclave
jaune garantira et rompra les serments, bénira les maudits,
fera adorer la lèpre livide, donnera aux voleurs place,
titre, hommage et louange sur le banc des sénateurs ; c’est
lui qui pousse à se remarier la veuve éplorée.
Celle qui ferait lever la gorge à un hôpital de plaies
hideuses, l’or embaume, la parfume, en fait de nouveau un
jour d’avril. Allons, métal maudit, putain commune
à toute l’humanité, toi qui mets la discorde
parmi la foule des nations…
Shakespeare a fait une peinture magistrale de l’argent…
Ce que je peux m’approprier grâce à l’argent,
ce que je peux payer, autrement dit ce que l’argent peut
acheter, je le suis moi-même, moi le possesseur de l’argent.
Les qualités de l’argent sont mes qualités
et mes forces essentielles en tant que possesseurs d’argent.
Ce que je suis, et ce que je puis, ce n’est nullement mon
individualité qui en décide. Je suis laid, mais
je puis m’acheter la femme la plus belle. Je ne suis pas
laid, car l’effet de la laideur, sa force repoussante est
annulée par l’argent. Personnellement je suis paralytique,
mais l’argent me procure vingt-quatre pattes ; je ne suis
donc pas paralytique. Je suis méchant ; malhonnête,
dépourvu de scrupules, sans esprit, mais l’argent
est vénéré, aussi le suis-je de même,
moi, son possesseur. L’argent est le bien suprême,
donc son possesseur est bon ; au surplus, l’argent m’évite
la peine d’être malhonnête et l’on me
présume honnête. Je n’ai pas d’esprit,
mais l’argent étant l’esprit réel de
toute chose, comment son possesseur manquerait-il d’esprit
? Il peut en outre s’acheter les gens d’esprit, et
celui qui est le maître des gens d’esprit n’est-il
pas plus spirituel que les gens d’esprit ? Moi, qui puis
avoir, grâce à l’argent, tout ce que désire
un cœur humain, ne suis-je pas en possession de toutes les
facultés humaines ? Mon argent ne transforme-t-il pas toutes
mes impuissances en leur contraire ?
Si l’argent est le lien qui me relie à la vie humaine,
à la société, à la nature et aux hommes,
l’argent n’est-il pas le lien de tous les liens ?
Ne peut-il pas nouer et dénouer tous les liens ?...
Shakespeare fait ressortir surtout deux propriétés
de l’argent : 1. C’est la divinité visible,
la métamorphose de toutes les qualités humaines
et naturelles en leur contraire, la confusion et la perversion
universelle des choses. L’argent concilie les incompatibilités.
2. C’est la prostituée universelle, l’entremetteuse
générale des hommes et des peuples ».